Daphné Du Maurier – Rebecca

Sanka, t’es mort ?
Il serait légitime que tu te demandes si je suis décédée, pendant les fêtes, le visage dévoré par mon chat, Jean-Jacques (il va bien, il vous embrasse).
Tu vas rire (non), mais je suis revenue, et je vais écrire.
La folie.
Alors, sors l’ombrelle et les gants en dentelle, aujourd’hui je t’emmène à Manderley !

  • Albin Michel
  • 6,10€
  • 1838

 

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Rebecca est un livre curieux. Curieux dans mon parcours de lecture personnel. Je ne connaissais pas Daphné Du Maurier, je n’en avait jamais entendu parler.
Je l’ai reçu en cadeau et [SPOIL] je l’ai lu. Enfin je l’ai juste aspiré en quelques heures. C’était une époque (dit Lydie en regardant les flammes dans la cheminée et ses petits-enfants courir autour d’elle) où je prenais beaucoup le bus, je l’ai débuté sur un trajet, je l’ai terminé à la maison, sans arriver à décrocher (je n’ai pas beaucoup lutté non plus).

A partir du moment où j’ai découvert ce livre, j’ai entendu parler de Daphné du Maurier PAR-TOUT. En fait, tout le monde la connaissait, et personne ne m’en a jamais parlé (on n’est mal entouré, ma bonne dame).

Allez, je t’en parle un peu de ce livre, au lieu de te raconter mes trajets en bus.

« J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. »

C’est la toute première phrase de l’ouvrage. Au même titre que « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas » (Albert Camus – L’étranger) ou « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » (Un petit ouvrage pas très connu – La bible), cet incipit est célèbre. C’est un classique du genre, on pourrait tout à fait l’utiliser dans un cours de collège/lycée. L’incipit sert à créer un lien entre l’auteur et son lecteur (ou pas, ou presque, ça dépend évidemment, les incipit sont aussi divers que les littératures). Et c’est tout à fait le cas ici.
On nous parle d’un lieu « Manderley ». Houlala que c’est mystérieux (si, je pense ça quand je lis !)
Et on nous présente le « je », la narratrice, l’héroïne. Toute l’histoire va être racontée selon ses souvenirs, selon ses yeux et ses émotions. On ne va jamais connaître son prénom. Elle nous reste anonyme.
Mais elle est con ou quoi, te dis-tu impulsivement, c’est marqué sur la couverture, Rebecca !

Alors je t’arrête tout de suite dans ta trivialité (qui heurte un peu mes chastes oreilles, mais je ne t’en tiens pas rigueur, qui n’a pas été emporté par sa fougue littéraire ?), mais Rebecca ce n’est pas DU TOUT l’héroïne. Enfin du moins, pas l’héroïne qui raconte l’histoire (t’as vu comme j’introduis le suspens ?).
En fait, on ignore dans un premier temps à qui appartient ce prénom. On l’apprend quand l’histoire avance. Donc toi aussi, tu vas attendre.

La narratrice est une jeune fille de compagnie d’une grosse dondon désagréable, et elles séjournent dans un grand hôtel. C’est ici qu’elle va rencontrer Maximilien de Winter (t’as vu comment il claaaaque le nom. Ma-xi-mi-lien-de-Win-ter. Je suis déjà séduite personnellement. Vas-y Maxou, libére-moi, délivre-moi ! [t’as la réf ?! t’as la réf ?! Demande à ma nièce de 4 ans, elle va te donner un indice.][Deux articles, deux fois que je parle de ma nièce, tout le monde va se rendre compte que j’en suis pipou, faut que je me raisonne.]).
Alors oui, il y a une différence d’âge, et alors, HEIN, et alors ! On voit ça tout le temps (dans Confessions intimes).
Mais quid des « qu’en dira-t-on », une romance naît entre eux deux (j’aime tellement dire quid).

Bon là, on va être honnête, ça dérape très vite. Hop hop hop, en moins de temps qu’il en faut pour le dire v’la t’i pas qu’il l’épouse et l’embarque avec lui dans son manoir (Well, that escalated quickly).

 

« Nous allons nous marier, nous sommes très amoureux.
Amoureux. Il ne m’avait pas encore parlé d’amour. Pas le temps, sans doute. Tout cela avait été si précipité à la table du petit déjeuner. La confiture, le café et cette mandarine partagée. Non, il n’avait pas dit qu’il était amoureux. Seulement qu’il voulait m’épouser. Bref, précis, trés original. Les demandes originales valent beaucoup mieux. C’était plus authentique. Pas comme les autres.

Tu la sens la métaphore de la mandarine partagée ? (tu la sens ma grosse métaphore ?!)

Ah ben, ça, c’est sur, ça ne va pas être une histoire comme les autres, elle ne va pas être déçue la narratrice.

En fait, elle a déjà appris des petits éléments sur la vie de son Maxou. Par des commérages, elle sait qu’il habite un grand et somptueux manoir, Manderley.

Manderley incarne, pour le lecteur et pour l’héroïne, plus qu’une demeure, un style de vie. Aristocratique, raffiné, mondain, la haute société, l’élégance. Notre narratrice va d’ailleurs beaucoup craindre de ne pas être à la hauteur, de ne pas appartenir à la bonne condition sociale pour vivre à Manderley.

 

« Vous ne comprenez pas, dis-je, quand le garçon se fut éloigné. Je ne suis pas le genre de personne qu’on épouse.
– Que diable voulez-vous dire ? 
fit-il en me regardant et posant sa cuiller.
Je regardais une mouche s’installer sur la confiture, il la chassa d’un geste impatient.
– Je ne sais pas bien, dis-je avec lenteur. Je ne peux pas expliquer. D’abord, je ne fais pas partie de votre monde.
– Qu’est ce que c’est mon monde ?
– Eh bien… Manderley. Vous savez bien ce que je veux dire.
Il reprit sa cuiller et se servit de confiture.
– Vous êtes presque aussi ignorante que Mrs. Van Hopper, et aussi inintelligente. Que savez-vous de Manderley ? C’est à moi de juger si vous pouvez en faire partie ou non. »

Ambiance, ambiance…

Quand on sait que Mrs. Van Hopper c’est la grosse dondon à laquelle la narratrice sert de dame de compagnie, ça donne une belle image de Maxou.
Mais ce qu’il y a de bien (NON) avec l’héroïne c’est qu’elle ne s’en froisse pas plus de que ça.

Pourtant, c’est une personne qui se questionne sans cesse, sur tout. Qui doute, beaucoup. Qui intériorise bien trop.
D’ailleurs, c’est intéressant de se dire que plus elle vit à Manderley et plus elle intériorise. Comme si Manderley était une sorte de palais mental où elle s’enfermait, bien contre sa volonté, mais par dépit. Bref.
Puisque nous sommes dans sa tête, nous avons le détail de ses questionnements, et mon dieu ! Le lecteur (ok, JE) rêve de la prendre par les épaules, de lui faire un câlin (oui, dans un premier temps, on n’est pas des bêtes, elle traverse quand même des sacrées situations) et ensuite de la secouer. Mais bon sang, vas-y ! Rebelle-toi ! Tape du poing sur la table !
Flûte.

L’héroïne est agaçante, et en même temps, attachante, parce qu’elle développe un syndrome que beaucoup partagent, le syndrome de l’imposteur. Il s’agit de croire qu’on ne mérite la place où on se trouve (que ce soit dans une famille, dans un groupe d’amis, dans la société, dans son travail, dans ses études, etc.), qu’on est passé entre les mailles du filets, qu’on donne le change, mais qu’un jour tout va être démasqué et que tout le monde va voir qu’en fait, on ne devrait pas être là. Tu le sens le vécu là ?

Et on la comprend dans son syndrome de l’imposteur, parce qu’elle affronte, à son arrivée à Manderley, une entité avec laquelle elle ne peut pas lutter : la femme de Maxou, la première, celle qui s’est noyée quelques années auparavant. Et devine, comment elle s’appelle ? Bah non, pourquoi tu dis Dominique ? C’est Rebecca ! Tu ne suis pas.

Rebecca et Maxou, c’était une vraie légende vivante dans la société d’aristocrate de leur comté. Ils recevaient tout le temps à Manderley, les amis, la famille. De grands repas, de grandes fêtes. Rebecca était une femme sublime, sociale, extravertie, très bien élevée. Beaucoup de proches, une âme généreuse. Le fin du fin quoi. (non, pas Plantafin, arrête.)
Avec Maxou, ils étaient un vrai couple modèle. Ils étaient parfaits.
Mais Rebecca aimait faire du bateau, et elle s’est noyée un jour, alors qu’elle était sortie en mer agitée.

Et notre héroïne arrive après cette histoire. Elle, qui manque déjà de confiance en elle, va devoir vivre dans le « fantôme » de Rebecca. Elle vit avec les affaires de Rebecca, la décoration de Rebecca, les amis de Rebecca (qui la regardent d’un œil suspect ou PIRE amusé), et surtout la servante de Rebecca.
Voici l’un des personnages les plus angoissants qu’il m’ait été amené de lire : Mrs. Danvers. C’est donc l’ancienne domestique personnelle de Rebecca. Mrs. Danvers était plus qu’admirative de Rebecca, elle l’idolâtrait, et voit d’un très mauvais œil l’arrivé de la narratrice, n’ayant aucune pitié pour sa naïveté ou sa prudence.
Elle ne veut changer aucune habitude mise en place par Rebecca, même si cela ne convient pas à la nouvelle épouse.

Notre narratrice va se retrouver enfermée dans Manderley, comme si elle en était la captive. Elle se retrouve prise par les obligations, les protocoles, comme ces innombrables encas, petits repas, goûters, thés, etc. Elle a des heures entières destinées à rédiger des correspondances, comme le faisait Rebecca, sauf qu’elle ne connaît personne à qui envoyer des lettres.
Comble de l’ennui et du malheur de la narratrice, Maxou est tout à coup très distant. Les temps où il lui roucoulait autour et défonçait les portes (ok, j’exagère un peu…) pour proclamer à tout le monde qu’il allait épouser cette jeune femme innocente sont bien loin.

ATTENTION : à partir de cet instant, je vais raconter la fin de l’intrigue. Donc si tu ne veux pas être spoilé méchamment, je te conseille de te rendre tout à fin de l’article, jusqu’à ce que tu vois ce marqueur :
FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL

Notre héroïne déprime plus ou moins sévèrement tout de même, et on l’a comprend. Mrs. Danvers prend plaisir à lui glisser des phrases pour la faire douter sur sa légitimité dans son mariage et dans son rôle de Mrs. de Winter. Elle essaye même de la pousser au suicide, avec un petit coup de pouce, en sautant de la fenêtre. Au dernier moment, la narratrice reprend ses esprits.

Mais tout à coup un bateau est retrouvé échoué sur la plage (près de Manderley). Un corps se trouve à l’intérieur. Manifestement, il s’agit de Rebecca SAUF QUE : lorsque Rebecca a disparu, on a retrouvé un corps, plusieurs jours plus tard. Maxou a été l’identifier, et il a été formel, c’était bien son épouse. SAUF QUE, s’il a identifié son épouse, alors qui se trouve dans la cabine du bateau de Rebecca qu’on vient de retrouver échoué. HIN HIN !

Et là, il craque le Maxou ! Il lui avoue tout : Rebecca n’était pas du tout la femme que tout le monde pense. Elle menait une vie de débauche, était une perverse manipulatrice. Si Maxou l’avait aimé fougueusement les premiers temps, il avait vite changé d’avis quand il avait découvert sa vraie personnalité.
Alors qu’elle le fait chanter une fois de plus, au bout du rouleau, le Maxou, il tue Rebecca. BOUM. Elle est morte. Il coince le corps dans le bateau et l’envoi au fond de l’océan, en espérant qu’on ne retrouve jamais le bateau, puisqu’on y découvrirait les traces de sabotage.

Donc le bateau a été retrouvé, et tous les regards se tournent vers le Maxou, y compris ceux de la police.
Cette révélation a permis à la nouvelle Mrs. de Winter de comprendre la distance de son mari avec elle, mais aussi de voir qu’elle n’usurpe aucune place, puisque finalement Rebecca n’existait pas vraiment, ce n’était qu’une comédie destinée à charmer tout le monde. Et attends, c’est pas tout ! On apprend aussi que cette saloperie désagréable de Mrs. Danvers était au courant de TOUT, et soutenait avec complicité sa Mme Rebecca.
La narratrice prend une soudaine confiance en elle, et va épauler avec maturité et fermeté son mari dans un court procès, qui va l’innocenter. Et ça, c’est badasse.

Seul petit, et dernier, problème : le cousin de Rebecca. Un séducteur, dandy, playboy, LOURDEAU, qui aura presque fait du rentre-dedans (oui oui, comme dans les Sims) à la pauvre narratrice qui ne savait plus où se mettre, émet de sérieux doutes quant à l’innocence de Maxou. Et pour cause, il était très trés trés trés trés (ok, il couchait avec) sa cousine Rebecca. Glauque hein. Et ça, Maxou le savait. Donc autant te dire qu’il l’aimait pas trop.

Mais le cousin est vraiment chiant tenace et mène une enquête, qui va tous les mener (y compris les policiers) chez un médecin. Rebecca s’y était rendue, sous un faux-nom, quelques temps avant sa mort. Le doc’ leur révèle qu’elle avait découvert qu’elle était malade : un cancer, sans guérison, et qui allait l’emporter rapidement.
Les policiers aboutissent à la conclusion : suicide. L’affaire est classée.

Maxou et la nouvelle Mrs. de Winter peuvent donc rentrer chez eux, enfin, pour y couler des jours heureux.
Hélas, quand ils arrivent au manoir, ils se rendent compte que Mrs. Danvers a mis le feu à Manderley, préférant voir brûler la bâtisse plutôt que de voir une autre femme que Rebecca y vivre.

« C’est en hiver qu’on voit l’aurore boréale, n’est-ce pas ? dis-je. Pas en été ?
– Ce n’est pas l’aurore boréale, 
dit-il. C’est Manderley.

Je le regardai et vis son visage. Je vis ses yeux.
– Maxim, dis-je. Maxim, qu’y a-t-il ?

Il conduisait de plus en plus vite. Nous gravîmes la colline devant nous et vîmes Lanyon étendue dans un creux à nos pieds. A notre gauche, le fil argenté de la riviére s’élargissait vers l’estuaire de Kerrith à dix kilomètres de là. La route de Manderley était devant nous. Il n’y avait pas de lune. Le ciel au-dessus de nos têtes était d’un noir d’encre. Mais le ciel à l’horizon n’était pas noir du tout. Il était éclaboussé de pourpre, comme taché de sang. Et des cendres volaient à notre rencontre avec le vent salé de la mer. »

FIN. Ce passage termine le roman.

FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL – FIN SPOIL 

Alors, est-ce c’était bien ? Oui !
On aime tout : l’ambiance glauque, oppressante, presque gothique. On a l’impression de sentir les lourds rideaux de Manderley, les belles fleurs du jardin, l’obscurité des couloirs, la présence de Rebecca, le harcèlement de Mrs. Danvers.
On partage les questionnements de la narratrice, ses craintes et son ennui.
On en vient à détester Maxou le silencieux et tous les autres qui méprisent une jeune femme qui fait ses premiers pas dans le « beau monde ».
Au fond, beaucoup ont été confronté à ce type de situation : le syndrome de l’imposteur, un manque de soutien, d’être rassuré, mais aussi faire ses premiers pas dans le monde des adultes.

L’héroïne est aussi agaçante qu’attachante, on l’aime, elle nous saoule, mais on veut l’accompagner jusqu’au bout de l’aventure et quand elle ose montrer, un tout petit peu, de mécontentement face aux gens de la maison, on a envie de l’applaudir, de lui dire d’y aller, plus fort, de les foutre dehors !

Le petit plus : 
L’histoire a été adaptée au cinéma, en 1940, par Hitchcock (un petit qui débute). On y trouve une interprétation superbe de Mrs. Danvers par Judith Anderson, comme on peut le voir sur la photo en dessous, où elle n’est pas du tout flippante dans le dos de la narratrice, interprétée par Joan Fontaine.

RebeccaTrailer

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Marie Delorme – Les Petits cahiers de Mme Brunet

EPISODE 1
Aujourd’hui je chronique un livre assez fabuleux. 
Déjà, je vous tease le sous-titre : 
Gouvernement de la famille, hygiène et médecine usuelles, recettes de ménage, économie domestique, calendrier de la bonne ménagère.
Je descend de mon grenier, et souffle sur la couverture de ce livre, qui a été publié en… 1900.
Et ensuite je tousse, parce que la poussière ça me fait tousser.

Couverture 1Oui, mon exemplaire a vu du pays !

  • Armand Colin et Cie, éditeurs.
  • 1 franc (mais il est à 32€ sur Amazon. C’est beau la technologie !)
  • Publié en 1900

Je ne peux pas survoler ce livre en un seul article, je pense donc en chroniquer plusieurs passages, suivant ce que je trouve pertinent, à travers plusieurs billets au fil des semaines, des mois.

Ce livre me tombe entre les mains au retour d’un vide-grenier avec ma maman. Il est dans ses affaires, elle ne se souvient plus exactement d’où il vient,  mais elle me l’offre bien volontiers.
Je passe ma soirée à le lire (et à lire des passages à tout le monde, mi-outrée, mi-amusée).

Couverture 20002

Ceci est la 4e de couverture.

Aujourd’hui, je vais présenter MADAME MARIE BRUUUNET (on l’applaudit bien fort !).

Ce livre est écrit par la main d’une femme qui souhaite (à travers son personnage fictif de Mme Brunet que vous allez apprendre à détester rapidement) donner des conseils aux femmes d’intérieur pour la tenue d’une maison impeccable.
Elle l’explique dans l’avant propos :

« On peut le consulter à toute heure, on le trouvera toujours prêt à donner un conseil, à tirer d’un mauvais pas, même à distraire d’un moment d’ennui.
Fait uniquement pour les classes laborieuses, il s’adresse tout spécialement à ces familles d’ouvriers, d’artisans, de petits industriels, petits commerçants, petits employés, petits propriétaires qui forment une partie si considérable et si intéressante de la population française.
L’auteur voudrait que Mme Brunet devînt pour elles une amie de tous les jours ; il la présente avec l’espoir d’un bienveillant accueil. »

J’aime tellement la phrase « une partie […] si intéressante de la population française ». On dirait que l’auteure parle d’une bête curieuse.
Je ne connais pas la vie de Mme Delorme, auteure du livre, mais je l’imagine comme une femme issue de la haute bourgeoisie, persuadée qu’il est de son devoir d’aider les plus petites classes. Dans tous les cas je l’imagine avec une grande robe et une perruque blanche. Voilà.

Alors le prologue s’attache à nous présenter en long et en large cette horripilante  fabuleuse Marie Brunet.

« Marie Brunet était une de ces personnes que tout le monde aime : leur mari, leurs enfants, leurs parents, leurs voisins, leurs voisines, leur chat, leurs poules, le chien d’à côté, la chèvre d’en face et tous les gens du quartier. »

Well. Comment on n’est passé de son mari à la chèvre d’en face ?
Passons. Vous sentez déjà comme cette personne est formidable.
La preuve ULTIME : les poules l’aiment. Et Dieu sait que les poules sont tatillonnent et ne réservent que leur amour aux gens de qualité, et aussi à ceux qui donnent des graines.

Alors Mme Brunet est vraiment très cool, parce que c’est une bonne femme de foyer, elle sait tout faire, elle connaît toutes les astuces. C’est un petit peu le Wikipédia de la Desperate Housewife.
Tu ne me crois pas ? (je recommence à passer du vouvoiement au tutoiement. Jamais une chose pareille ne serait arrivé à Mme Brunet !).
Attends, je te raconte :

« Et la petite Marie Vidal ! Sans Mme Brunet, elle ne serait pas là à danser des rondes avec ses petites compagnes. Sa mère, occupée à bavarder avec les commères, ne l’avait elle pas laissée tomber dans la mare aux saules ! Pauvre petit bébé de trois ans, si gentille avec ses cheveux blonds frisés ! On l’avait retirée quasiment morte; Tout le monde croyait qu’il n’avait plus qu’à la couvrir d’un drap. Mais Mme Brunet l’avait si bien frictionnée, si bien soignée, que l’enfant était revenue à la vie comme par miracle. »

Déjà, je n’évoquerais pas l’horrible mère qui discute avec les commères et ne surveille pas sa fille. C’est moche.
J’ai une nièce de 4 ans, elle est passée par le stade 3 ans (jusque là vous suivez). Bon, elle n’a pas les cheveux blonds frisés, mais à quelque chose prés c’est le même modèle. Alors je me projette totalement dans cette histoire qui m’émeut (non.).
Bon, cette anecdote pour dire que Mme Brunet elle sait tellement de choses, qu’elle peut sauver des vies ! FUCK LA MÉDECINE ! FUCK LA MORT ! C’est la meilleure publicité EVER pour ce livre.

Avec les petits cahiers de Mme Brunet, vous allez apprendre à défier… la mort.

 

Mais Marie ne sauve pas que des vies, non non, elle fait aussi tourner sa maison à la perfection.

« Il n’y avait pas sa pareille pour conduire une lessive, repasser une chemise d’homme, tailler et coudre une robe et remonter un bonnet. Son mari était toujours propre comme un sou, même pour aller à son travail et ses enfants, avec leurs tabliers de cotonnade bien repassés et leurs bons bas de laine ou de coton tricotés, n’avaient jamais ni trou ni tâche.
Sa maison, petite, mais commode, reluisait de propreté. »

C’est marrant, on dirait presque qu’on parle de moi, ne pensa jamais Lydie en lisant ce texte.

Bon, la Marie Brunet, elle est bien gentille, mais je pense aussi qu’elle devait être bien saoulée.
Parce que plus loin il est expliqué qu’elle rend des services à tout le monde, qu’elle réconcilie des mariages, qu’elle intercède entre les parents et les enfants, que les parents lui envoient les enfants pour pour qu’elle leur explique des choses, etc.
Rien que ça, ça dissuade tout de suite d’être sympa comme Mme Brunet ! Tu imagines si l’ensemble de tes voisins t’envoient leurs enfants, et si tu recouds tous les bonnets de tes amis.
Du coup, le 15 août, le jour de sa fête à Marie, c’est une vraie procession (AHAH, Marie, procession, tu l’as tu l’as ?! Elle n’est pas de moi, elle est dans le livre !), chez elle. Tout le monde lui apporte des fleurs et l’embrasse. D’ailleurs il y a cette image tellement angoissante :

« Et si sa figure eût pu s’user sous les embrassements, elle aurait disparu le soir. »

BEUWAH. Quelle horreur. J’imagine la Trempette dans Qui veut tuer Roger Rabbit. Traumatisme.

« Mais qui était-ce donc que Marie Brunet ? Oh ! Mon Dieu ! ni une grande dame, ni une personne riche, ni une femme savante, mais tout simplement une ménagère très bonne, trés intelligente et trés courageuse. »

Coup de pied dans la mare et pavé dans la fourmilière, moi je ne crois en rien de tout cela.
Alors, je vous entends rugir au fond de la salle.
– Mais comment ose-tu parler de Marie Brunet comme ça ? Cette sainte femme ?
Parce que j’ai des preuves. Oui oui oui. Les plus courageux d’entre vous auront été jusqu’à la fin de cet article bien trop long ce prologue et auront lu ce dialogue entre Mme Brunet et ses pines-co.

« -Comment faites-vous pour vous tirer si bien d’affaire, madame Brunet ? disaient les voisines. Vous n’avez que dix doigts comme nous et vos journées n’ont pas plus de vingt-quatre heures.
– C’est que j’emploie bien mon temps, répondait Marie ; faites comme moi et vous arriverez au même résultat. »

POW POW POOOOOOW. Comment ça clash sévère.
On la dit sainte Mme Brunet, moi je trouve qu’elle se la pète un peu quand même.

Scan3« Mon dieu, se dit Lydie, je suis épatée de la qualité de mon scanner ! »

Enfin, pour terminer sur cette présentation, il nous est précisé qu’elle a été au service d’une bonne famille, et que la dame qu’elle servait s’est prise d’affection pour elle, et l’a initié à une parfaite éducation.
Tu sens la mise en abyme ou pas ?
Mais si, la mise en abyme, comme la Vache qui rit ! Ben c’est pareil. Mme Brunet était dans le même cas que les lectrices de ce petit guide, sans éducation, et elle en a reçu une. A son tour, elle fait profiter. C’est beau.

La citation de la fin :

« Quelques jeunes femmes acceptèrent cette offre bienveillante [de profiter des conseils de Mme Brunet]. Le dimanche, après dîner, quand il faisait trop mauvais temps pour se promener, elles venaient chez Mme Brunet, passer une heure ou deux à copier ses petits livres. Elles en profitèrent si bien que leur ménage d’abord, et tout le pays ensuite, s’en ressentirent. On ne vit plus tant d’enfants sales et vagabonds, tant de maisons mal tenues, tant de dettes chez l’épicier, tant de maris au cabaret, tant de femmes bavardant aux portes. »

Que doit-on retenir de Mme Brunet ? Qu’elle a fait couler le monde du cabaret ou qu’elle a fait un énorme best-seller, à l’image de 50 Nuances de Grey qui a changé la sexualité de ses lectrices/lecteurs, Mme Brunet a changé le ménage de milliers de foyers.
C’est bien, c’est beau, et ce n’est que le prologue.

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Magazine Flow

Aujourd’hui je ne chronique pas un livre (je suis d’humeur fifou) mais un magazine. Un bimestriel.
Il s’agit de
Flow.
Un grand  coup de cœur. Je fais partager.
[en me relisant je me rends compte que je suis complètement schizophrène du vouvoiement et du tutoiement de toi public mon lectorat. Pardon pour ceux qui s’offusquent. D’un autre côté c’est drôlement prise de tête.]

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  • Prismamedia
  • 6,95€
  • N°5 : octobre-novembre

Je ne vais pas mentir en faisant croire que je connais ce magazine depuis des mois, depuis ses débuts (le numéro de octobre-novembre est le n°5).
Je l’ai aperçu chez mon vendeur de presse (oui je dis « mon » parce que j’ai remarqué que ça faisait vraiment chic. Maintenant que j’y pense c’est légèrement plus chic quand les gens le disent pour « mon »  boulanger, « mon » primeur, « mon » fleuriste…), et je l’ai attrapé.
Je suis une très bonne cliente, une bonne spectatrice, une bonne acheteuse. J’entends par là que le moindre packaging un peu travaillé pour mon profil fonctionne sur moi, si peu qu’il soit coloré, avec des jolis dessins, et des paillettes. Et là, tout est réuni (sauf les paillettes, mais ça viendra peut-être, je lance un appel) : une couverture hyper colorée, un dessin qui me tape dans l’œil (OUI LES MATRIOCHKAS, JE DIS OUI), un sous-titre qui me parle.

« Belles rencontres – Esprit libre – Petits plaisirs – Douceur de vivre »

Oui ! C’est pour moi, c’est le mien ! s’écria Lydie en attrapant le magazine et en courant avec hors de la boutique avec un rire hystérique, les vendeurs sur ses pas.

Rien que posé sur ma table basse, je l’aimais déjà ce magazine (le pouvoir de l’emballage je te dis !).
Il va bien avec l’accumulation d’objets d’enfant la déco de mon salon.
Parce que putain crénom de nom, qu’il est beau ce magazine !
Au moment de tourner une page, il est impossible de deviner sur quelle jolie image on va tomber. Un ravissement des yeux.

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Et la matière ! On alterne entre des pages en papier glacé, des pages en papier tout doux, et des pages cartonnées rigides (qui correspondent à de superbes illustrations, donc tu peux les détacher proprement et les accrocher chez toi).
Une qualité et une diversité au toucher que je n’avais jamais connu dans un magazine.

Bon, là je parle (qui a dit « trop » ?! QUI ?!) que de la forme et même pas du fond.
Et c’est pas bien, parce que ce magazine est exactement la bouffée d’air frais qu’il annonce.

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Parfois dans la vie (commença Lydie, à 84 ans, en recouvrant ses jambes d’un plaid et en allumant sa pipe) t’as besoin de belles pensées et de belles histoires, pour espérer devenir une belle personne.

« Ce qu’écrire peut vous apporter :
Ces dernières années, il y a eu de nombreuses études sur les bienfaits de l’écriture.
– dans les années 80, le psychologue américain James W. Pennebaker a fait des recherches sur des exercices d’écriture destinés aux étudiants. Il a mis en avant qu’écrire sur ses émotions à un effet positif sur la santé physique et mentale.
– Selon l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas, écrire a des effets bénéfiques sur les personnes en feuil. Ils sont moins inquiets et se sentent moins seuls. »

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Flow fourmille d’articles inspirants, qui te motivent, te donnent envie de sortir dans la rue et de faire des compliments à tout le monde (c’était une mauvaise idée en fait, se dit Lydie au bout de la 42e heure de garde-à-vue), de dire à tes proches que tu les aimes, à tes amis que tu aimes passer du temps avec eux.
Flow te permet aussi de penser un peu à toi, d’être plus indulgent avec toi, de t’aimer un peu plus, de te faire confiance, pour attirer les gens qui t’aimeront comme tu es. Et ça c’est chouette.
Parce que c’est toujours compliqué de s’ouvrir au gens, de peur qu’ils n’aiment pas ce qu’on est réellement, et qu’ils partent en faisant un « POUAH » (c’est vrai que cette situation est peu probable, mais dans ma tête je peux l’envisager).

Et si un article, une citation, une personne, ou tout un magazine peut aider à se poupouner un peu plus, et s’apprécier soi-même, c’est déjà quelque chose de grand.

Flow c’est beau, Flow c’est bon.
(si les équipes marketing passent par là et veulent le slogan, qu’elles n’hésitent pas à me contacter. Je peux négocier un petit quelque chose.)

Ce magazine est très (très) joli à regarder, très agréable à feuilleter. On apprend des trucs, et ça fait bien à l’âme.
En plus, il y a des petits cadeaux à l’intérieur : un cahier pour écrire pendant 30 jours, une jolie carte postale, et des étiquettes pour les cahiers. Et ça, ça me touche.

Citation de la fin :

« Règle n°1 : N’ayez pas peur de ce que les autres peuvent penser de vous.

Être naturel demande du courage, car il faut accepter sa personnalité et montrer ses défauts et ses faiblesse. Mais ça en vaut la peine, car on devient plus indulgent avec soi-même. »

Alors dans cette optique, je suis naturelle et je me confesse : j’aime manger du surimi, debout, devant mon frigo, sans rien d’autre que mon chat Jean-Jacques qui me fixe… fixement.
Aimez-moi comme je suis.

José Rodrigues Dos Santos – L’Ultime secret du Christ

Aujourd’hui on s’attelle à un petit bijou, un modèle du genre. Un livre qu’on lit d’une traite. Dan Brown, attention à toi !

Non.

Échauffe-toi les sourcils, parce qu’à la lecture de L’Ultime secret du Christ, tu vas craquer ton slip les hausser d’exaspération plus d’une fois !

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  • Editions Hervé Chopin – Pocket
  • 6,99 €
  • Publié en 2013

« – Une ou deux petites erreurs ? Avez-vous une idée du nombre d’erreurs détectées à ce jour parmi les cinq mille manuscrits de la bible […] ?
[…]
L’historien se pencha en avant, le regard fixé sur l’Italienne tandis qu’elle buvait, et lui chuchota à l’oreille le nombre exact.
– Quatre cent mille. »

Mon plaisir, ma distraction, ma lecture préférée c’est qu’on me chuchote 400 000 à l’oreille pendant que je bois un coup le thriller ésothérico-théologico-psychologico-artistico-historique. Et si il y a un peu de complot mondial derrière tout ça, je me frotte les mains.
C’est de la faute de Dan Brown. Pendant mes belles années lycée (un coucou à la première L du 8.9. brrah braah)(pardon)(aviez-vous déjà remarqué que j’aimais les parenthèses ?)(maintenant, oui), j’avais fait un exposé sur Léonard de Vinci, du coup je maîtrisais tranquillement le sujet (#oklm), et j’ai découvert le Da Vinci Code.
Le fait de connaître ce dont il parlait, les références historiques, les tableaux, et de le suivre dans sa réflexion, d’accepter le pacte avec l’auteur de croire en ce qu’il me raconte, j’ai plongé dans ce livre (puis dans les autres), qui a fait son job premier de livre, me distraire, me faire voyager.

Alors une fois que j’ai lu tous les livres de Dan Brown (c’est-à-dire pas rapidement), il a bien fallu que je me tourne vers d’autres ouvrages.
J’ai testé bien des choses, j’ai mes auteurs favoris (un jour je ferai un article rien que là-dessus, promis, juré, craché. Je vais chercher une éponge maintenant, c’est malin.), et mes thématiques qui me séduisent d’avance.

Mais parfois, je tombe sur des livres comme L’Ultime secret du Christ.

Ce qui est bien avec cet ouvrage, c’est que l’auteur s’est vraiment renseigné pour construire son intrigue.

Ce qui est mauvais avec cet ouvrage, c’est que l’auteur s’est vraiment renseigné pour construire son intrigue.

Trop. Juste trop. J’ai abandonné ce livre, parce que on n’avance pas. A peine un personnage se fait-il zigouiller que HOP ! tu enquilles sur un monologue de l’historien/cryptologue.
Il s’appelle Tomàs mais on va l’appeler Tom Hanks (si t’as pas la référence, je peux rien faire pour toi) parce que c’est tous des Tom Hanks au fond.

Alors Tom Hanks est hyper hyper calé sur son sujet (les vilains mensonges de la bible). Mais vraiment. Il a une amie qui s’est faite assassinée, mais on s’en fiche un peu, parce qu’on n’a pas eu le temps de la connaître, et puis lui non plus vraisemblablement parce qu’il est pas trop ému de cette perte.

D’un autre côté, je le comprends. Il n’a pas le temps Tom Hanks de pleurer sa copine.
Pourquoi ? Parce qu’il a sous la main Valentina, une croyante, et même PIRE une pratiquante. Et comble de tout, elle est flic (ça commence à faire beaucoup).
Et ils sont pas du tout d’accord tous les deux. (J’ai pas fini le livre, mais je te parie qu’ils terminent ensemble, ou au minimum une ambiguïté pas du tout ambiguë.)
Et il va se faire un vrai plaisir de lui détruire tout ce qui fait sa foi. Etape par étape. Et comme il le dit dans la citation d’ouverture de cet article, il y en a 400 000… Et il a tout son temps.

Alors commence un ping-pong long entre les deux personnages. Tom Hanks va mettre en évidence des points précis dans les évangiles, puis les comparer avec des apocryphes, et montrer comment certains éléments ne collent pas. De la virginité de la Vierge, à la Résurrection du Christ.
Quant à la flic, elle commencera toujours par « Oh non, vous pouvez pas dire ça, c’est pas possible, vous pouvez pas toucher à ça » et terminera par « Ah ouais, c’est pas faux ».

« Valentina porta la main à la bouche, stupéfaite.
– Mon dieu ! s’exclama-t-elle. J’ai donc été mystifiée durant tout ce temps ! »

Moi aussi, Valentina, j’ai été mystifiée tu sais, quand j’ai acheté ce livre. J’ai eu foi dans les bonnes critiques de la 4e de couverture… 

Au début j’ai été séduite par ce que Tom Hanks mettait en avant. J’avais trouvé ce premier échange un peu long, mais ce qu’il montrait était cool vraiment.
Et puis il y en a eu un autre. Et un autre après.
Bon. J’ai posé le livre sur ma table de chevet, et je suis passée à une autre lecture. Quelques semaines plus tard, j’y reviens (médaillez-moi).
Mais après un autre meurtre (chouette chouette), et qu’ils prennent le train/l’avion (je sais plus), et que… ça recommence !!!! Il explique un nouveau fait. PITIÉ.

J’ai juste envie de leur dire d’accélérer, d’arrêter de faire des exposés digne des licences en université (limite j’imagine Tom Hanks avec son Powerpoint), et de commencer à courir partout pour trouver le meurtrier.

Non, mais zut quoi. (Pardonnez ma vulgarité). Je voulais rentrer dedans, je voulais découvrir le secret du Christ.
Mais le livre m’est tombée des mains à la page 156.

Citation de la fin

« Valentina bouillonnait à nouveau […].
– Vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, affirma-t-elle, mais une chose est sûre : les textes du Nouveau Testament racontent tous les même histoire. Ce qui prouve au moins que l’histoire de Jésus est vraie.
– C’est inexacte, répondit-il. Chaque texte néotestamentaire raconte une histoire différente. Et plusieurs épisodes sont complètement inventés.
– Vous vous moquez de moi !
Tomàs se gratta la tête.
– L’histoire selon laquelle Jésus serait né à Bethléem, par exemple. »

Il s’agit de la page 156 justement. J’ai jeté le livre comme s’il me brûlait les mains en criant « AH NON, ça recommence ! ».

Je ne ferais pas de réflexion sur le manque de relief des personnages, comme le démontre ce « se gratta la tête » bien creux. Personne ne fait ça. Il se serait frotté les yeux, ou massé les tempes, pourquoi pas, mais se gratter la tête ? Bon.

Denis Lindon – Les Dieux s’amusent

Aujourd’hui, pas de longue critique, parce que je ne peux pas chroniquer un livre qui m’a donné le coup de foudre pour la mythologie greco-romaine.
Je suis totalement subjective tant ce livre est une partie de mon adolescence.
Aujourd’hui, je vous parle juste d’un moment. Et sortez les mouchoirs.

Il m’a fait chialer, putain.

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  • Castor Poche Flammarion
  • 7,20€
  • Publié en 1995

« Quelle différence y avait-il entre les Titans et les Géant ? Un expert réputé, le Dr Von Pruchtembuch professeur de mythologie comparée à l’université de Princeton, à qui j’ai posé la question m’a fait une réponse qui vous éclairera peut-être : « les Titans, m’a-t-il dit, se caractérisaient essentiellement par leur force véritablement gigantesque cependant que les Géants étaient surtout remarquables par leur stature absolument titanesque« . »

Ce livre, je l’ai lu la première fois quand je hantais fréquentais la bibliothèque municipale de ma petite ville. Une chouette bibliothèque, avec de chouettes livres donc.
Et je suis tombée sur ce petit ouvrage, sans prétention, de Denis Lindon.
Je dis sans prétention, mais en fait je n’en sais rien. Si ça se trouve c’est un livre qui se l’a pétait grave auprès des autres livres, personne pouvait l’encadrer. Une ordure.

Je ne vais pas en faire la critique détaillée de pourquoi c’est fabuleux, et que c’est une petite merveille d’initiation à la mythologie pour tous les âges (bon, la couverture elle dit dès 10 ans), parce que… ça manque déjà d’objectivité. Plus que d’habitude je veux dire.
Non, je vais expliquer pourquoi ce livre m’a fait pleurer. Et c’était la première fois de ma vie (DE. MA. VIE. turencompte) que j’ai pleuré en lisant des pages.

Denis (écoute, je le lis depuis mon adolescence, je peux l’appeler Denis) nous parle depuis plusieurs pages de la guerre de Troie, et il nous raconte comment Ulysse est passé par toutes les merdes tous les embêtements du monde avant enfin de regagner Ithaque.
Il est parti depuis bientôt 20 ans, il a tout vécu, il a fait des conneries, connu des pertes, des aventures, mais toujours en essayant, à un moment ou à un autre, de rentrer chez lui. Et enfin, il a regagné son île, et il va retrouver sa femme, l’incroyable Pénélope.

Comme après un Koh-Lanta, Il est méconnaissable (tu m’étonnes), et il en profite pour passer inaperçu, se renseigner et se rendre jusqu’au palais. Il croise des connaissances, des amis, des parents, même son serviteur Mélanthios qui se moque de sa saleté et lui donne un coup de pied (c’est moche). Vraiment, c’est loin d’être un retour glorieux.
Et là… je vous laisse lire les mots de Denis Lindon.

« Le voici enfin devant son palais. Il s’arrête un instant, le coeur battant. Sur un tas de fumier, un trés vieux chien, aveugle, paralytique, semble dormir. C’est Argos, un lévrier qu’Ulysse avait nourri lui-même au biberon. Au moment où Ulysse passe à côté de lui, Argos reconnaît l’odeur de son maître. Il ouvre les yeux, gémit, se lève dans un effort désespéré, fait deux pas en direction d’Ulysse et retombe, mort. Ulysse l’a reconnu lui aussi. « Il n’y a que les chiens qui soient vraiment fidèles » songe-t-il avec mélancolie. »

Imaginez-moi, dans mon lit, avant d’aller dormir, fondre en larmes en lisant ces quelques phrases. Je trouvais ça incroyablement magnifique.

Limite, l’Odyssée aurait dû se terminer là, poum ! Fin.

Je trouvais ça tellement vrai, tellement beau, tellement simple (oui, bon j’ai peut-être 12 ans à ce moment là hein !).
Il s’est passé des choses vraiment incroyables dans l’aventure qu’a vécu Ulysse. Des choses tragiques, des choses magiques, de l’extraordinaire.

Il est parti avec une flotte entière, il revient 20 ans plus tard, tout seul, métamorphosé.
Et qui le reconnaît sur le chemin ? Qui l’a attendu pendant toutes ces années ?
Un chien, Argos, son chien.
C’est juste la métaphore ultime de la fidélité.

Pleurer devant un livre, ça ne m’arrive pas souvent, parce qu’il me faut du temps, il faut que l’auteur insiste un peu, et souvent, il n’ose pas.
Mais là, en un petit paragraphe, Denis Lindon me raconte une histoire entre les lignes, qui me chavire.
J’imagine tout. Le chiot qui voit le maître partir. La vie à côté. La vieillesse. L’oubli des autres. L’attente qui maintien en vie. Parce qu’il le sait. Ulysse reviendra. Et il revient.
Je me rajoute même une petite caresse sur la tête, accordée par Ulysse, parce que je trouve ça encore plus beau. (oui j’ai une vie intense dans ma tête.)

Les Dieux s’amusent de Denis Lindon m’a fait découvrir la mythologie, m’a fait penser les dieux autrement. Il m’a donné aussi l’envie d’en savoir toujours plus.
Et du coup des idées de motifs/symboles de tatouage jusqu’à la fin de mes jours.

La citation de la fin

Une négociation s’engagea, au terme de laquelle l’accord suivant fut conclu : Hercule partagerait successivement la couche de cinquante Amazones, cependant qu’Antiope [reine des Amazones] se réservait les services exclusifs de Thésée [compagnon d’Hercule] ; en contrepartie, Antiope faisait don de sa ceinture à Hercule et s’engageait envers Thésée à lui envoyer vivant l’enfant qui naîtrait de leur liaison, si jamais c’était un garçon.
Antiope s’imaginait qu’elle allait profiter de la présence de Thésée pendant au moins un mois ou deux, le temps pour Hercule de remplir son contrat. Mais c’était compter sans l’exceptionnelle virilité du fils de Jupiter : en une seule nuit, il expédia allègrement ses cinquante fiancées, et le lendemain matin, frais comme une rose, il alla prendre livraison de la ceinture et congé de la reine. »

Hercule, frais comme une rose. Rien que pour cette image…

Stephen King – Ecriture, mémoires d’un métier

Pour ma première critique, publiée le jour d’Halloween, je me suis penchée sur le roi (le King, le roi, tu l’as, tu l’as ??) de l’horreur : Stephen King. 
Dehors, le tonnerre gronde, les éclairs traversent la pièce, la pluie bat sur la vitre. Installez-vous avec un plaid et une tasse de thé, j’ai lu pour vous.

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  • Albin Michel – Livre de poche
  • 6,50€
  • Publié en 2000

Une description commence dans l’imagination de l’écrivain et doit s’achever dans celle de l’auteur.

Oui j’aime les livres dans lesquels les auteurs parlent de leur métier, de leur manière d’écrire. Oui, j’aime moi-même tâter un peu de la plume (c’est fou comme cette phrase peut être mal perçue…). Et oui, oui, oui,  j’avoue, j’aime Stephen King. Alors, bon, quand lors d’un après-midi où je me baladais à Emmaüs chinais chez un bouquiniste j’ai trouvé cet exemplaire, un peu froissé, un peu usé, en format poche de Mémoires d’un métier de King.
Puisque j’aime la folie, je l’ai acheté sans lire la 4e de couv. La folie pure.

Et je n’ai pas été déçue. Du tout. Loin de là. J’ai dévoré ce livre !
Il apporte tout ce qu’il faut quand on veut comprendre l’écriture par Stephen King, qui est, rappelons-le, une vraie machine de guerre du best-seller.

Stephen King y apporte des exercices d’écriture à réaliser soi-même. Je pense au tout premier, il trace les grandes lignes d’une intrigue, celle d’une femme battue par son époux. Elle le fuit, il va en prison. Elle se reconstruit, et un jour elle entend à la radio qu’il s’est échappé de prison. Elle comprend aussitôt d’où vient cette impression qui lui colle à la peau depuis qu’elle est rentrée chez elle : elle n’est pas seule. (je raconte bien, hein).

Pourtant c’est une histoire qui n’a rien d’unique. Comme je l’ai déjà fait remarquer, BATTUE (OU ASSASSINÉE) PAR UN EX-MARI JALOUX est un titre qui fait la manchette des journaux presque toutes les semaines. C’est triste, mais vrai.

Le lecteur/élève doit écrire la nouvelle, en changeant un petit détail : l’épouse devient un homme, et l’homme violent devient une femme violente.

Ce que je vous demande, dans cet exercice, c’est de changer le sexe des protagonistes avant d’attaquer votre travail sur la situation ; faites de la femme la harceleuse, en d’autres termes […], et du mari la victime.

Fascinant. Si comme moi, vous lisez vos ouvrages confortablement installé dans votre lit, il vous faudra de la volonté pour ne pas jeter aussitôt le livre, s’asseoir à votre bureau, rallumer la lumière et attraper clavier/stylo et papier et commencer à rédiger immédiatement (devant le regard surpris de votre conjoint/chat) !

Et puis Stephen King nous parle aussi de son parcours à lui. Sans tabous (ses problèmes d’alcool, de drogues, comment il est descendu au fond du gouffre, sans cesser d’écrire, et comment il en est sortit). Il raconte ses débuts (difficiles, les refus des maisons d’édition, ses premiers contrats, ses premiers best-seller). Surtout, il raconte sa manière d’écrire.

J’aime bien rédiger dix pages par jour, ce qui équivaut à deux mille mots, soit cent quatre-vingt mille sur une période de trois mois ; cela correspond à une bonne longueur, donne un livre dans lequel le lecteur peut joyeusement s’aventurer, si l’histoire est bien conçue et ne perd pas sa fraîcheur.

Une machine je vous ai dit ! Une machine ! Une machine qui confie tout de même ses difficultés aussi, certains jours, à venir à bout de ces dix pages. Car l’auteur nous donne des conseils, nous explique comment il travaille, mais reste toujours accessible, une sorte de ton compatissant, paternel, et pote aussi.

Enfin pour terminer sur cet ouvrage qui m’a enchanté (je le dis au cas où ça n’avait pas été perçu), Stephen King permet au jeune auteur d’avoir des notions pour commencer (ou recommencer) à écrire, de la méthodologie, des exercices, certes, mais plus encore, il rappelle qu’au-delà de la labeur d’écrire, qu’au-delà de l’organisation stricte pour produire, l’écriture c’est la rature comme disait Sartre c’est de la magie.

La citation de la fin :

Qu’est-ce qu’écrire ? De la télépathie, bien entendu. […] Regardez bien. Voici une table recouverte d’un tapis rouge avec, posée dessus, une cage de la taille d’un aquarium pour un petit poisson. Dans la cage il y a un lapin blanc au nez rose et aux yeux bordés de rose. Il tient dans ses pattes antérieures un bout de carotte qu’il grignote avec satisfaction. Sur son dos, se détachant nettement, figure le numéro 8, écrit à l’encre bleue.
[…]
Nous vivons une rencontre par l’esprit. Je vous ai envoyé une table recouverte d’un tapis rouge, avec une cage posée dessus, et un lapin portant un numéro 8 bleu dans le dos. Vous avez reçu tout ça, en particulier ce 8 bleu. Nous sommes en pleine transmission télépathique. Pas un numéro de fakir à la noix ; de la véritable télépathie.

De la magie, je vous dit. Non, du Stephen King.